jeudi 12 juin 2008

En garde!

Il se faisait tard. Les marchands et voyageurs avaient quitté sur la route bien avant cette pénombre qui assaillait l'auberge. Une serveuse seule lavait ses chopes en regardant à l'extérieur la pluie fine qui tombait doucement. Sous la lueur des bougies elle était songeuse. Un homme entra dans la pièce, sans frapper ou s'annoncer. Aussitôt qu'elle le vit son sang ne fit qu'un tour. Elle s'élança derrière son comptoir et prit une mine sévère. L'homme secoua son chapeau et entra d'un pas déterminé dans la pièce, comme s'il arrivait enfin en terre promise. Ses yeux pétillaient d'un air à la fois heureux et moqueur. Il avait l'air d'un bandit devant une mine d'or, d'un roi devant son peuple, d'un affamé devant son repas. Et il avait cette assurance à la fois si désarmante et frustrante qu'aucun n'aurait osé être capable de tant d'affront. Car c'était un véritable truand. La serveuse soupira lourdement, visiblement déjà froissée par sa venue. L'homme s'assit alors à une table en y posant lourdement ses bottes, fixant la belle d'un air moqueur.

-Bonsoir My lady!

-Oh vous espèce de...

D'un air cynique, l'homme enleva son chapeau et prit un ton faussement drammatique.

-Les volées de bois vert...déjà? Il ne faudrait pas abuser My lady!

La serveuse crispa les poings en roulant les yeux vers le plafond.

-Cessez vos pitreries! Je ne suis pas votre lady! Ah et puis, au fond je n'en ai cure!

Elle soupira et s'empara d'une chope à nettoyer, feignant de l'ignorer. Toute fois, ce geste n'arrêta pas son prétendant. Il s'élança, glissa sournoisement comme un serpent derrière le comptoire et se retrouva nez à nez avec elle.

-Ma chère! Ma chère! Ma chère! Je vous croyait capable de plus de riposte à mon égard! Vous me décevez ce soir!

Il tenu ses mains dans les siennes pendant un instant qui paru une éternité pour la jeune femme. Elle détourna le regard puis devint rouge comme une pivoine avant de se dégager brusquement en s'évadant vers la salle des invités. Elle se resaisie et gronda de colère.

-Justement puisque vous en faite part, ce sera de roturier à roturière! Sortez ou subissez mon language ordurier!

Un sourire de défi couvrit les lèvres de l'homme. Il avança à nouveau vers elle, qui recula presque aussitôt.

-Vous me provoquez?

-Vaurien que vous êtes! VOUS me provoquez!

-Mais pourtant vous me connaissez et savez très bien que je ne vous veux aucun mal…bien au contraire!

Toute en maladresse d'acceuillir de telles paroles en son oreille, la demoiselle faillit trébucher. Le fou la poursuivait dans l'auberge et elle, fuyait à toute jambes comme s'ils étaient chat et souris! Fils du forgeron et bon garçon, elle ne pouvait contrer ce manège autre que de tenter de le raisonner de quelquonque verbe de roc.

-Gibier de potence! Ne recommencez pas et sortez! Je n’ai que faire de vos argumentations grivoises et malvenues!

-Pantomimes, bouffonneries et quolibets me pleuvent dessus!

Il s'empara d'une louche et grimpa sur la table sans enlever ses bottes. Puis il la pointa vers elle en guise de reproche. Son ton fut imprégné de rêverie et un drôle d'éclat passa dans ses yeux clairs, toujours souriant de livrer bataille.

-Avez vous donc oublié notre magnifique nuit? Au clair de lune près de la rivière, gavés de pain et de liqueur exquise, enlacés avec...

-Taisez vous!!!!

-À votre guise ma chère mais vous ne m’échapperai pas! Je reconnais ce rose sur vos joues!

-AAAHHH suffit! Vous êtes servile de vos instinct voyou de bouc!

-Bougresse! Il n'y a aucune honte à aimer! Vous verrez, je guillotinerai votre orgueil!

-C’est ce qu’on verra! En garde grossier personnage!

Elle sorti de sous son comptoire, un couteau bien aiguisé et frappa. L'homme presque aussitôt, libéra son fleuret de sa ceinture et para son assaut.

-Vous en subirai les contrecoups!

-Je prends ce risque!

Elle tenta un nouvel assaut qui fut bloqué presque aussitôt par l'homme.

-De quoi avez vous peur? L'amour, ce n'est pas la mort!

Il passa doucement son doigt sur la gorge de la belle. Elle le fusilla du regard et sorti de sa botte un autre petit couteau qu'elle s'empressa d'agiter près du doigt de l'homme. Celui ci eut un sourire quelque peu niais en esquissant un geste plus décent.

-Pardon My lady...je suis quelque peu polisson mais ce n'est pas mon but...

-Quelque peu! Vous êtes...le plus dissipé des hommes que j'ai pu croisé de mon existance!

-Je savais bien que j'étais unique pour vous...

-Ce n'est pas ce que j'ai dis!

-Pourtant, cela sonnait bien doux à mon oreille! Posez donc vos tranchoirs que nos discussions ne soient pas aussi coupantes!

Il jetta son arme au loin en signe de paix. Puis, en une demie révérance qui se voulue toute de politesse, il lui tendit la main. Elle détourna la tête, en soupirant et lui remit ses couteaux. Il les posa sur la table et tendit la main une seconde fois vers la jeune dame. Quelques secondes passèrent. Elle le regarda, il se tenait toujours immobile, la main tendue, le sourire aux lèvres, sûr de lui. Elle roula les yeux nerveusement, regarda à gauche et à droite, comme si elle aurait pu trouver son salut dans cette pièce. Puis lentement, tout doucement et avec hésitation, la main blanche de la serveuse flotta pour aller se mêler aux doigts patient de l'homme qui attendait. Aucune pointe, aucun rire moqueur, qu'un demi sourire pour afficher sa victoire.

-Je suis heureux que vous vous résignez my lady...

-Ne croyez pas que vous vous en sortirez aussi facilement...

-Oh mais n'ayez crainte, je suis combattif...

-J'espère bien...

-Plait-il?

-Vaurien...

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